Bartillat Edition
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ISBN : 9782841004942
Parution : 03/11/2011
Prix : 9 €
Préfacier : Pierre E. Leroy

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Lettre à Louis XIV
Fénelon

Entre 1693 et 1695, Fénelon adresse au Roi de manière anonyme une lettre bouleversante dans laquelle il remet en cause sa politique. Le contexte s'y prêtait : de plus en plus se faisaient ressentir les horreurs de la guerre et la misère du peuple. Les difficultés s'étaient accumulées sur le royaume : mauvaises récoltes, réunion d'une grande partie de l'Europe au sein de la Ligue d'Augsbourg, entrée en guerre avec la France en 1688 avec des conséquences économiques, fiscales et sociales désastreuses pour le pays, crise religieuse avec l'influence de Mme de Maintenon. Fénelon en a bien conscience : « La France entière n'est plus q'un grand hôpital désolé et sans provision. » Cette lettre, un chef-d'œuvre de fougue et d'humanisme, annonce de futures tempêtes historiques qui n'arriveront qu'un siècle plus tard.

Deux textes accompagnent le volume : Examen de conscience sur les devoirs de la royauté et la Lettre au duc de Chevreuse.



Presse

Article de Tristan Savin paru dans Lire novembre 2011.

La sainte colère de Fénelon contre le roi

Par Tristan Savin (Lire), publié le 04/11/2011 à 08:00, mis à jour le 09/11/2011 à 16:28

Dans une épître au roi, le prélat visionnaire Fénelon défend la vertu civique contre l'absolutisme. 

Fin 1693, au coeur d'un rude hiver, François de Salignac de La Mothe, dit Fénelon, écrit une lettre à Louis XIV. Anonymement. Il est alors précepteur du petit-fils du roi. Le pays, en pleine crise - morale, politique, financière -, vit une hécatombe démographique et Fénelon compare la France à "un grand hôpital désolé et sans provisions". 

Révélée par d'Alembert en 1787, cette missive, écrite au nom de la "vérité toute pure", est un violent réquisitoire: "On a rendu votre nom odieux [...] vous avez passé votre vie entière hors du chemin de la vérité et de la justice..." Le prêtre dénonce les guerres royales et la dérive absolutiste. Il stigmatise les ministres, complices par leur silence. "Personne ne peut plus vivre que de vos dons", mais "vos enfants [...] meurent de faim", lance-t-il au monarque dans une sainte colère. Cour pervertie par la flatterie, dérive du pouvoir, asservissement des nobles: tout concourt à la fin de la monarchie. 

Comment Fénelon a-t-il trouvé l'audace d'interpeller le tout-puissant Roi-Soleil? L'érudite et lumineuse présentation de l'historien Pierre-Eugène Leroy nous éclaire. Fénelon appartient à la petite noblesse désargentée du Périgord, qui a "le droit de mourir pour le roi" mais "assiste à la ruine de sa propre famille". Docteur en théologie, Fénelon fut formé au séminaire de Saint-Sulpice, proche du peuple. Il n'accepte pas le libertinage de la cour et le culte de la personnalité. A Versailles, il a découvert, "à l'ombre même du pouvoir", les rouages d'un Etat rongé par trente ans de règne. Quand la famine dévaste le pays, le précepteur du prince confie sa lettre à Mme de Maintenon. Mais l'histoire ne dit pas si le roi a pris connaissance de l'avertissement... Cinq ans plus tard, Fénelon en reprendra les thèmes dans Les aventures de Télémaque

Le théologien était visionnaire: sa prédiction se réalisera à la Révolution. Il paraît même prophétique. N'est-on pas en train d'assister, dans l'ancien royaume de France, à une dérive monarchique de la fonction présidentielle? Rien de nouveau sous le (roi) soleil. Quant à la description de la situation sociale à l'époque, elle pourrait s'appliquer à la nôtre: renchérissement des prix et des impôts, problèmes climatiques, aveuglement des élites, frondes populaires... 

La judicieuse réédition de cette lettre longtemps oubliée met en lumière toute l'actualité de ce texte... révolutionnaire. 

 

Site de la Revue des deux mondes, Le radar littéraire, 8 décembre 2011

Que reste-t-il de Fénelon (1651-1715) dans les esprits du XXIe siècle ? Sans doute les Aventures de Télémaque (1699), un vaste roman d’apprentissage qui met en scène le fils d’Ulysse parti à la recherche de son père. Se souvient-on des Dialogues des morts, des Maximes des Saints, du Traité de l’éducation des filles ? Probablement pas. Se souvient-on surtout de la fameuse Lettre à Louis XIV, une terrible charge contre le pouvoir royal, composée au cours de l’hiver 1693-1694 ? Adressée au roi Soleil, cette missive anonyme qui brosse un tableau désastreux de la France, ne fut vraisemblablement pas lue par le destinataire. Dans une préface limpide et soignée, Pierre-Eugène Leroy rappelle le parcours de Fénelon qui fut à la fois théologien, mystique, archevêque, précepteur du Duc de Bourgogne (le petit-fils de Louis XIV), homme de lettres, penseur politique audacieux, ami puis ennemi de Bossuet (la querelle du quiétisme), reçu puis honni par la cour.

La Lettre à Louis XIV témoigne d’une belle lucidité : le pamphlétaire signale les failles du pouvoir et stigmatise l’autoritarisme du monarque plus soucieux de sa personne que de son peuple. Les guerres à répétition plongent le pays dans un état catastrophique : « La France entière n’est plus qu’un grand hôpital désolé et sans provision ». Il est vrai, les hivers rigoureux, les pluies estivales, les gelées tardives n’arrangent pas les récoltes. Mais au-delà des intempéries, il y a la faute d’un despote que l’auteur juge inconscient et aveugle, et que le bras de Dieu punira tôt ou tard. On peut reprocher le ton prophétique et ardent de Fénelon, son lyrisme parfois exalté (« Sire, vous vivez comme ayant un bandeau fatal sur les yeux ») ; on ne peut pas critiquer son manque de clairvoyance ni décrier son esprit intègre.

À cette épître sévère, se joignent deux autres écrits politiques : Examen de conscience sur les devoirs de la royauté, mémoire pour le Duc de Bourgogne et une Lettre au duc de Chevreuse. Si le premier se veut un texte pédagogique et le second, un regard sur l’actualité, bien des éléments se recoupent avec La Lettre à Louis XIV : le bon usage du pouvoir, les menées belliqueuses néfastes, les impôts excessifs, la corruption, les mœurs…

Il faut (re)lire ces documents pour l’élégance de leur style et leur étrange modernité. En période préélectorale, les mots de Fénelon sont même nécessaires à entendre.

 

Aurélie Julia

 

Blog de Thierry Savatier

http://savatier.blog.lemonde.fr/

17 février 2012

« Lettre à Louis XIV », le pamphlet de Fénelon

Il existe, en matière de science politique, des textes intemporels, aptes à nourrir la réflexion du lecteur et, naturellement, des princes gouvernants. Montaigne, Montesquieu, Tocqueville demeurent des références dont on perdrait beaucoup si l’on en faisait l’économie. Une autre figure, contemporaine de Montesquieu bien que de 38 ans son aînée, s’impose aussi, à travers plusieurs écrits politiques : Fénelon (1651-1715). Auteur d’essais pédagogiques, cet homme d’église n’offre pas, au premier abord, l’image d’un pamphlétaire subversif, pas plus que celle d’un précurseur des Lumières. Conservateur, précepteur du duc de Bourgogne (l’un des petits-fils de Louis XIV), il reste surtout connu pour avoir publié Les Aventures de Télémaque (1699) qui, sous couvert de roman, n’en dénonçait pas moins, il est vrai, certains travers du royaume.

Le nom de ce prélat, qui s’inscrit au fronton de nombreuses écoles publiques et privées, demeure pourtant attaché à un texte écrit durant l’hiver 1693-1694, qui pourrait figurer à bon droit dans une anthologie du pamphlet, tant il constitue un réquisitoire féroce dirigé contre le Roi-Soleil. Cette Lettre à Louis XIV, qui vient d’être rééditée (Bartillat, collection Omnia, 146 pages, 9 €), ne fut vraisemblablement jamais lue par son destinataire. C’est d’ailleurs, comme l’explique Pierre-Eugène Leroy dans son érudite préface, d’Alembert qui l’exhuma en 1787, à la stupéfaction de tous.

Sa lecture se révèle à la fois étonnante et instructive. Etonnante, la lettre l’est dans la forme qu’elle emprunte, d’une violence inhabituelle, renforcée par un style irréprochable et l’emploi d’un champ sémantique impitoyable. Instructive, elle l’est sur le fond qui, si l’on doit le resituer dans le contexte historique de l’époque, reste cependant d’une singulière actualité. Elle se présente, en creux, comme un véritable traité de bonne gouvernance – ce que sera, plus explicitement, l’Examen de conscience sur les devoirs de la royauté, texte plus tardif (1709-1710) également inclus dans cette édition.

Dès les premières lignes, Fénelon en appelle à la lucidité d’un souverain entouré de conseillers et de ministres flatteurs : « […] la vérité est libre et forte. Vous n’êtes guère accoutumé à l’entendre. Les gens accoutumés à être flattés prennent aisément pour chagrin, pour âpreté et pour excès, ce qui n’est que la vérité pure. »  Et cette vérité d’un monarque ayant concentré tous les pouvoirs ne tarde pas à apparaître dans toute sa cruauté : « Depuis environ trente ans, vos principaux ministres ont ébranlé et renversé toutes les anciennes maximes de l’Etat, pour faire monter jusqu’au comble votre autorité qui était devenue la leur parce qu’elle était dans leurs mains. On n’a plus parlé de l’Etat ni des règles ; on n’a parlé que du Roi et de son bon plaisir. On a poussé vos revenus et vos dépenses à l’infini. On vous a élevé jusqu’au ciel, pour avoir effacé, disait-on, la grandeur de tous vos prédécesseurs ensemble, c’est-à-dire pour avoir appauvri la France entière, afin d’introduire à la cour un luxe monstrueux et incurable. »

L’auteur, à plusieurs reprises, s’en prend donc à l’entourage du roi (dont il souligne au passage la « grossièreté d’esprit ») qui, pour lui complaire et en tirer les bénéfices, lui cache la vérité d’un pays exsangue et d’un peuple qui souffre ; il alerte en outre clairement le souverain sur la colère de ses sujets en un temps où les sondages d’opinion n’existaient pas : « Le peuple même (il faut tout dire), qui vous a tant aimé, qui a eu tant de confiance en vous, commence à perdre l’amitié, la confiance, et même le respect. » Le registre lexical se veut dramatique, alarmiste, puisqu’il est question de « sédition », de « désespoir », d’ « insolence des mutins », etc. Mais c’est envers le roi lui-même que les attaques se font les plus vives, y compris dans l’analyse de sa personnalité : « Vous êtes scrupuleux sur des bagatelles, et endurci sur des maux terribles. Vous n’aimez que votre gloire et votre commodité. Vous rapportez tout à vous, comme si vous étiez le Dieu de la terre, et que tout le reste n’eût été créé que pour vous être sacrifié. »

Nous ne sommes plus guère habitués, en ces temps tristement consensuels, au registre pamphlétaire. Cette lettre de Fénelon, ferme et vigoureuse, n’en a donc que davantage de portée. Si l’on en excepte certains aspects qu’elle aborde, tombés aujourd’hui en désuétude, sa valeur universelle, en matière de gouvernance, en fait un texte de référence. Une valeur si universelle que le lecteur ne pourra être accusé de mauvais esprit si, au tournant de plusieurs paragraphes, il y trouve des résonnances étonnement contemporaines.



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