Bartillat Edition
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C

ISBN : 9782841004225
Parution : 21/02/2008
Prix : 22 €
420 pages
Format : 12
Préfacier : Stéphane Guégan

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Constantinople
Théophile Gautier

A l’instar de nombreux écrivains romantiques, en 1852, Théophile Gautier s’embarque sur le Léonidas et découvre Constantinople. Il y est envoyé par le journal La Presse. Le 5 juillet 1852, il écrit à son ami Louis de Cormenin : « Je suis en course du matin au soir dans cette grande ville de Constantinople, où il faut faire des lieues pour le moindre minaret. » Il lui précise : « Mon affaire est ainsi divisée sous le titre général de Promenades d’été… de Paris à Constantinople… Malte, Syra, Smyrne, la Troade, les Dardanelles, cinq feuilletons ; Constantinople, dix feuilletons ; le Bosphore… cinq feuilletons… » Il quitte la capitale de l’empire ottoman le 28 août.
Ce poète rêve d’être turc avant de connaître la Turquie ; il en revient avec un livre qui n’est pas seulement un reportage, mais une apologie passionnée de la civilisation qui a produit cette cité aux sept collines. Et ces pages, si intenses et si poétiques, peuvent être rangées au côté de celles signées par Chateaubriand, Lamartine et Nerval, partis avant lui à la recherche d’un Orient qui représente les interdits de l’homme occidental.

Presse



Constantinople de Théophile Gautier, encore un guide !

Article paru sur Boojum.

Théophile Gautier ambitionnait de devenir peintre avant de se consacrer à la littérature à la suite de sa rencontre avec Victor Hugo. Il est réputé aussi pour avoir été un grand voyageur. Les hasards ou plutôt les coïncidences des sélections de notre rédacteur en chef, m’ont conduit à visiter Istamboul avec le Constantinople de Gautier, édité par Bartillat : double rencontre magique !

Le voyage en orient est un grand classique des voyageurs européens et on pense aussitôt à l’anthologie publiée dans la collection « Bouquins » Laffont, il y a vingt-trois ans, et aujourd’hui épuisée. L’universitaire Jean-Claude Berchet, qui a sorti récemment le Voyage en orient de Chateaubriand chez Manucius, avait composé une remarquable préface à cet ouvrage embrassant l’époque de Volney à Barrès. Stéphane Guégan, lui rend hommage dans sa préface qui lui doit beaucoup. Stéphane Guégan est directeur du service culturel du musée d’Orsay et prépare une biographie de Gautier.

Dans les années 1840, Gautier a visité l’Espagne puis l’Algérie. La révolution de 1848 réduit les ressources des journaux, il y en a pléthore. Les patrons de presse deviennent moins généreux, les cordons de la bourse étranglent quelque peu nos voyageurs écrivains. On va moins souvent, moins loin. Gautier doit tenter d’étancher sa soif d’exotisme à… Londres (il y parvient du reste, heureux homme). Soudain, à l’été 1852, Emile de Girardin, patron de La Presse, réussit à lui financer le voyage à Constantinople !

Gautier bondit comme un diable hors de sa boite ! Il fonce et en quarante heures (sic) il est à Marseille, prêt à s’embarquer sur le Léonidas sur les traces de son meilleur ami, Gérard de Nerval. Il se libère de l’étouffoir de la course à l’argent, celle qui le fait vendre par avance un Capitaine Fracasse qu’il n’a pas encore écrit, pendant que sa compagne italienne, Ernesta Grisi, cantatrice, cachetonne là où elle peut pousser la chansonnette. Ils ont deux filles. Un apéritif de soleil sur le port et le voici à Malte, jouissant de l’œil des œuvres conservées par l’ordre au fil de l’épée. Enième voyageur qui doit faire la énième relation de voyage, fatras d’articles parmi le fouillis des guides. Le genre pullule déjà.

La Grèce, et le même désenchantement que Victor Hugo ; un pays écrasé par l’ombre de son passé dont il ne semble même pas avoir conscience. Les gens lui semblent laids, et, pire, ridicules dans leurs costumes improbables. Il arrive à Smyrne, enfin, la première impression indolente, chaude, humide, l’orient. Enfin on arrive, après l’impression décharnée de Troie, à Constantinople ! Sa lumière, ses immondices épars, grandis par des rues peu éclairées, aux trottoirs rares ou incertains, les maisons de bois qui n’en finissent pas de mourir.

Comment se détacher du pittoresque caricatural ? Par son œil, son fameux lorgnon qui avale les images à toute vitesse ; par ses mots, au fond de l’œil. Il dresse des portraits : « …Ce regard, où la douleur n’est plus une pensée, mais un instinct. » S’il ne peut, faute de moyens, quitter la ville, il va se laisser pousser la barbe, hâler et, habillé comme un Turc de la réforme (redingote, pantalon étroit et fez rouge), aller partout. Il est toujours soucieux de saisir l’envers du décor, se refusant au regard des Lumières qui catalogue sans ressentir ce qu’au fond il méprise. S’il est « giaour », étranger, il se veut sans condescendance mais sans admiration ou nostalgie complaisantes. Les mots turcs, abondamment utilisés, sonnent, grisent mais ne saoulent pas.

Quand on marche dans les mêmes pas, cent cinquante ans après… On a toujours l’actualité de l’angoisse du monde qui disparaît mais dont l’empreinte, vague après vague, perdure plusieurs vies d’hommes. Les lieux, comme les hommes changent en ressemblant à des peaux de léopard. Même pouillerie de baraques devant les ruines des murailles de Constantin XIII, même cimetière au-delà mais la mélancolie murmure sous la furie d’une autoroute. Et les rues sont toujours défoncées et les immondices sont toujours là, alors qu’ils ont changé de nature. On a toujours un curieux cosmopolitisme sous la houlette méfiante du commandeur moderne Mustapha Kémal ; mais les Grecs sont moins voyants que les Russes qui dévalisent les boutiques de prêt-à-porter mauvais goût avec une morgue incroyable. Et on trouve le Juif éternel ( ?) au hasard d’une boutique d’instruments de musique, peintre, poète, francophone, accueillant,  pénétré d’une ironie tendre sur la vie accouplée sans vergogne à une vantardise enfantine, Habib Gerez.

A lire ! Gautier réussit à n’être ni conformiste, ni indiscipliné dans l’épreuve imposée par les lecteurs de son patron. Voici un livre que l’on peut compléter de quelque guide pour aller à Sainte Sagesse, vrai sens de Sainte Sophie… Et si vous n’y allez pas, vous y serez quand même.


Didier Paineau
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