ISBN : 9782841004690
Parution : 2009
Prix : 18 €
116 pages
Format : 12,5 x 20
Préfacier : Michel Melot
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En costume sombre, Camel aux lèvres, Malraux est genou à terre, mobilisé par la "réussite" géante de son musée imaginaire : les reproductions sont ses cartes à jouer sur le tapis blanc du salon. Fautrier, Braque et Dubuffet dialoguent avec un visage du Gandhara, un masque dogon, une sculpture précolombienne. Le cliché choisi par Françoise Theillou, auteur de Malraux à Boulogne (Ed. Bartillat, 111 pages, 18 euros), montre celui qui confiait : "Je suis en art comme on est en religion", chez lui, en 1953, dans sa maison des Hauts-de-Seine. Avenue Robert-Schuman, la villa modern style hollandais, briques roses, toit pentu, hautes cheminées, mascarons est à un jet de pierre de la piscine Molitor et du stade Jean-Bouin. Les tribunes à hublots 1925 de l'établissement sont vouées à être rasées pour un projet très contesté voulu par le maire de Paris pour accueillir le rugby professionnel.
Pour l'heure, la villa Malraux a en point de mire un ovni de béton haut de 48 m, le Parc des Princes, ancré entre les immeubles néo-haussmanniens - où sont logés deux lycées- et le quartier des Princes de Boulogne. Ce "fond" du bois, où le Grand Dauphin venait chasser, fut loti sous Napoléon III. Avec ses chalets suisses, ses folies au goût de Viollet-le-Duc, ses villas puristes, il fut le terrain d'expérimentation de l'architecture moderne. Triangle d'or où les bâtisses des pionniers témoignent : celles des frères Perret, de Le Corbusier, Fischer ou Mallet-Stevens, le "paquebot" de Pingusson et Patout, ou encore le "collage surréaliste" de la villa achetée par Piaf pour Cerdan. Sur Internet, la ville de Boulogne invite à un parcours 1930.
Malraux affectionnait ce quartier, à la marge, où vivait Kahnweiler, le marchand des mousquetaires du cubisme, célèbre pour ses "dimanches". S'y retrouvaient Max Jacob, Derain, Cendrars, Braque, Masson, Juan Gris et Le Corbusier, ces deux derniers habitant le coin. "L'architecte le plus grand du monde", selon Malraux, avait bâti un immeuble à deux pas, 24, rue Nungesser-et- Coli, dont il s'était réservé les deux derniers étages. Chaque matin, "Corbu" peignait dans son atelier. L'après-midi, il filait à l'agence. Le futur stade Jean-Bouin, haut de 32 m, fera la ola aux premières loges de l'immeuble, aujourd'hui classé monument historique, ondulant au niveau du sixième étage.
Réflexion globale
Ce deuxième ovni jouxtant le Parc des Princes est-il opportun ? Une réflexion globale sur l'urbanisme du secteur a été demandée à la Ville de Paris par Jean-Marc Blanchecotte, architecte des bâtiments de France, qui a autorisé la démolition des tribunes de Jean-Bouin, ne les considérant pas comme édifice majeur. Mais, juge-t-il, c'est "un lieu exposé qui déjà souffre. Deux "objets" importants, cela fait peut-être un peu beaucoup pour ce secteur". Au-delà des polémiques politiques, déjà lancées, c'est la question du patrimoine dans son environnement qui est ici posée.