ISBN : 9782841004133
Parution : 2009
Prix : 14 €
160 pages
Format : 12,5 x 20
Préfacier : Jean-Jacques Mezure et Patricia Sustrac
Bientôt, il sera arrêté et transféré au camp de Drancy, où il mourra, le 5 mars 1944. Deux ans plus tôt, de Saint- Benoît-sur-Loire où il ne cesse de fixer Dieu, il écrit à son jeune correspondant:
«Je souhaite une souffrance comme l'écharde dans la chair dont parle saint Paul. Je souhaite aussi la mort car ma vie est finie.»
Extrait d'une lettre parmi les cinquante, inédites, bouleversantes et aériennes, que Max Jacob, le poète fantaisiste du «Cornet à dés», juif converti sur le tard au catholicisme, adressa, entre 1941 et 1944, à un garçon de 20 ans, Jean-Jacques Mezure, qui faisait des études de céramique, s'essayait à la poésie et aspirait alors à la prêtrise.
Tandis que le ciel se charge d'orages noirs, que «Hittler» (sic) étend son monstrueux empire, que son frère et sa soeur sont déportés et gazés à Auschwitz, Max Jacob, entre un chapelet et une messe, prend le temps d'écrire ces confessions épistolaires pleines de souvenirs, de remords, de repentirs, de regrets -«Je n'ai pas assez de dévouement pour être curé de paroisse, pas assez de science pour être professeur, pas assez d'amour de la pauvreté pour être moine.»
A la manière de Rilke, il prodigue aussi des conseils littéraires et spirituels à ce jeune ami, l'assurant que «le culte de la Beauté amène à Dieu». Elles ressemblent, ces lettres d'adieu, à d'ultimes prières.
J.G.
La Nouvelle République le 23 mars 2009
En 1941, Max Jacob, retiré à Saint-Benoît-sur-Loire, écrit à Jean-Jacques Mezure, étudiant en céramique à Vierzon. Ces lettres viennent d'être publiées.
Pourquoi publiez-vous ces lettres seulement aujourd'hui ?
« Je les ai d'abord cédées à la médiathèque d'Orléans pour qu'elles ne tombent pas dans l'oubli. Depuis sa mort, il y avait eu beaucoup de publications sur lui. J'ai préféré retarder leur parution pour qu'elles ne soient pas noyées au milieu. On connaît Max Jacob sous divers jours mais mal pendant ses dernières années. C'est l'occasion de découvrir une autre facette de l'homme, assez intime. »Quelle est l'histoire de ces lettres ?
« Elles ont été en partie détruites par un bombardement mais nous avons réussi à en sauver 51. Je les ai gardées précieusement, elles m'ont toujours suivi. Nous nous envoyions deux lettres par semaine en moyenne au début. Mais fin 1942, la correspondance a diminué d'ampleur. Moi, j'étais recherché pour le STO, lui par la Gestapo. Nous avions moins de facilités et d'autres problèmes auxquels penser. »Ce lien créé avec Max Jacob vous a-t-il accompagné toute votre vie ?
« Oui. Aujourd'hui encore, tous les matins, j'emporte son portrait dans mon bureau et j'ai un entretien avec lui. L'homme m'intéresse beaucoup, son passé de peintre et de poète. J'y pense tous les jours. Je crois aussi que le fait de ne pas s'être vu a donné plus d'ampleur à cette relation. »Vous aviez envisagé à l'époque d'entrer au séminaire…
« Je crois que Max Jacob a pris cela un peu trop à cœur et m'a peut-être trop fortement conseillé… Je me suis posé longuement la question car j'ai eu un appel. Mais je n'y étais pas préparé. J'ai estimé que je pouvais avoir une vie convenable sans entrer au séminaire et j'ai suivi une autre voie… »Quel regard l'homme que vous êtes devenu porte aujourd'hui sur cette correspondance ?
« Ces lettres sont toujours d'actualité. Souvent les correspondances vieillissent avec le temps. Pas celles-là. Son esprit, son vocabulaire très jeune peuvent intéresser beaucoup de gens. »Nous n'avons dans l'ouvrage qu'une partie de la correspondance. Que lui écriviez-vous ?
« Je ne lui parlais pas beaucoup de ma vie mais je le questionnais énormément sur sa jeunesse, sa vocation littéraire, ses études, sa vie à Montmartre… Lui était curieux de me connaître, il me disait souvent “ Je ne sais rien de toi ”. »Que sont devenues vos lettres ?
« Une fois il m'a écrit “ Je garde ta lettre ”. Sinon, il les détruisait toutes parce qu'il avait reçu la visite de la police qui avait pris des adresses sur ses enveloppes. L'un de ses bienfaiteurs avait été arrêté. Il était très surveillé par la Gestapo et réduit dans ses activités. Il notait les adresses sur ses courriers au dernier moment. »Finalement, vous n'avez jamais réussi à le rejoindre…
« A cette période, le voyage était une épopée. Il fallait trouver un hôtel, souvent il n'y avait plus de places. Les bus au gazogène tombaient en panne. Moi-même, je commençais à travailler à Paris. Je voyais la fin de la guerre arriver et je me disais que je le verrais tranquillement après… » (1)Max Jacob, Lettres à un jeune homme, 1941-1944 (éditions Bartillat), 14 €.
(1) Arrêté en février 1944, Max Jacob meurt quelques semaines aprèsMax Jacob, Lettres à un jeune homme, 1941-1944, éditions Bartillat, 14 €.
Luce Margonty